Le mode de vie

Il y a en ce moment sur la liste Achevalpiedsnus une discution fortement intéressante sur ce qu’ils pourraient faire pour changer la façon de vivre des chevaux (je parle des boxs, ect.). Y a pas à dire y a pas de propositions concrètes et quelques lamentations de personnes qui sont vraiment égoïstes. :( Je tenais à vous faire partager ma réponse :

Ma jument jusqu’à l’été passé vivait dans une prairie parcellée de 1 hectare en troupeau. L’hiver, elle se trouvait cantonnée dans une prairie qui devenait boueuse à la moindre pluie. Depuis nous avons déménagé. L’hiver,elle vit dans une petite prairie de la vallée d’un demi hectare qui est bétonnée en partie et avec pour tout abri des arbres et toujours en troupeau. Elle reçoit du foin à volonté et parfois des graines germées. L’été, elle remonte en “montagne” dans une pâture de 2 hectares où elles sont 3 juments.

J’ai obtenu ces pâtures en me bougeant. Celle d’hiver je dois amener l’eau tous les jours et idem pour l’apport en foin bio que je vais chercher moi même à 1 heure de chez moi. Cette année, j’ai obtenu de pouvoir faucher (à la main) une prairie de 2,5 hectares bio naturellement en échange de son entretien. La prairie d’été je la loue à un marchand de fruit en échange je dois poser une clôture devant celle en barbelés et l’entretenir (semis, chardons ,refus, …). Ce que je fais manuellement et sans engrais.

Je n’ai pas de surveillance en dehors de celles des voisins, pas d’assistance pour tout ce qui est clôture, ect. Pas de piste, ni de douche, ni même d’endroit où se mettre au sec. Je n’ai pas de champs (où travailler) à proximité que ceux qui sont fauchés donc inaccessibles une grosse partie de l’année. Je suis obligée de travailler ma jument au milieu des 2 hectares ce qui fait que quand elle veut pas et ben on ne travaille pas. Je suis obligée de me rendre tous les jours pour vérifier que tout va bien qu’il pleuve, vente, ou que sais – je. Tous les jours je fais un tour des clôtures et je réapprovisionne en eau (en été jusqu’à 280 l par jour à aller chercher au ruisseau voisin).

N’ayant pas le permis (par choix) je dois m’y rendre à pied souvent ce qui donne environ une bonne heure de marche avec tout le matériel dont j’ai besoin car pas de local là bas. Ce qui veut dire que si je souhaite travailler la désensibilisation à la selle, je dois la porter jusqu’à la prairie et si ça tombe, je ne travaillerai même pas avec.

J’ai la possibilité d’avoir ma jument à 3 minutes de chez moi avec piste, douche, sellerie, … Mais alors ça veut dire box une bonne partie de l’hiver et ça il n’en est pas question.

Sincèrement depuis 2 ans que je l’ai ma jument n’est toujours pas redébourrée correctement. Pas par manque d’infrastructure mais par manque de temps, elle va avoir 6 ans et nous sommes considérées comme les extraterrestres du coin. Qu’elle grandisse, je ne suis pas pressée et si elle s’avère jamais montable (à cause de son passé) et ben tant pis, je la garderai pour la regarder et voilà.

J’ai depuis une semaine maintenant un ami qui a réussi à réaliser son rêve après 10 ans d’attente avoir son propre cheval. Il l’a mis en pension travail chez moi avec ma jument. Il habite à plus d’une heure d’ici alors il ne vient la voir que le dimanche. Le reste du temps, c’est moi qui m’en occupe. Il n’a jamais envisagé de pouvoir la mettre plus près de chez lui tout simplement parce que les structures n’existent pas.

Comme solution personnelle, je voyage dans toute la Belgique pour parler du mode de vie de ma jument. Prochainement je dois me rendre à la côte un jour et dans les Ardennes un autre pour expliquer comment parer, alimenter, et donner de bonnes conditions de vie à nos chevaux. Je prends en charge aussi 6 chevaux en plus de la mienne que je pare suivant le principe du parage naturel et dont je conseille les propriétaires. Je suis aussi devenue par la force des choses un intermédiaire en ce qui concerne le soin par les plantes et l’alimentation. Je ne désespère pas de pouvoir cet été aller à la rencontre d’autres personnes et leur faire découvrir ce que pourrait être la vie de leurs chevaux avec un peu de respect. Ça me prend du temps en plus de toutes mes activités personnelles (formations, travail étudiant, mon cheval, …) puisque que je continue à étudier à côté. Mais c’est mon choix et ça a permis à de nombreux chevaux de retrouver déjà un peu de liberté. Je ne gagne rien à faire tout ça.

Mon prochain projet à la fin de mes études est d’ouvrir mon propre centre équestre. Rendez-vous dans 3 ans. Tout ça sur ce que je peux gagner en travaillant comme étudiante pendant l’été, c’est à dire que j’ai un budget de à peu près 1800 euros avec lequel je dois payer le foin, le pré, les clôtures, les plantes qui me servent à soigner, mes outils, mes déplacements, … Mais aussi mes études, mes syllabus, mon matériel, ect.

Alors ce n’est pas une question de sous, c’est une question de volonté et d’amour pour les êtres vivants dont on a la charge !!! J’ai 20 ans et je fais déjà figure d’extraterrestre dans mon monde. J’aurai dû vivre à une autre époque.

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