L’alimentation est surement un des domaines les plus difficiles à gérer et à comprendre pour le propriétaire. On peut lire tout et son contraire ou bien se retrouver face à des tables d’aliments dont on ne comprend parfois même pas l’intérêt. Pourtant l’alimentation peut devenir très simple et surtout être faite maison. Notre règle d’or se résumerait à : peu mais diversifié, de région et de saison.
Avant d’aborder plus en détail l’alimentation du cheval domestique prenons d’abord le temps d’étudier brièvement celle du cheval sauvage.
Le cheval sauvage vit sur des prairies pauvres qui l’obligent à marcher longtemps pour se nourrir. Il parcourt ainsi quelques dizaines de kilomètres, petit pas après petit pas pendant environ 16 heures par jour. La répartition de ces heures n’est pas égale entre le jour et la nuit. En été, la journée est plutôt passée à se reposer, chasser les mouches et autres comportements alors qu’en hiver sans mouche pour l’importuner, il broutera plus volontiers et beaucoup plus longtemps. Il n’hésitera pas à marcher quelques kilomètres pour brouter cette herbe qu’il aime ou celle – ci qui lui fait tant de bien. De même pour boire, il sera amener à se dépenser et à marcher jusqu’à un point d’eau parfois très éloigné de leur lieu de pâturage. Le cheval sauvage développe, par imitation de sa mère et des autres chevaux qu’il côtoie, un véritable 6ème sens en ce qui concerne les plantes toxiques, qu’il évitera et les plantes bénéfiques pour lui, qu’il mangera quand il en a le besoin. Il fait face à une diversité alimentaire énorme dont il profite par petites quantités. Broutant une bouchée avant de faire quelques mètres et de replonger la tête dans l’herbe pour une autre bouchée pleine de saveurs. A l’état sauvage, on observe peu de maladies comme le syndrome naviculaire ou la fourbure et très peu de chevaux sont obèses même au plus fort du printemps quand l’herbe est à son maximum énergétique. Ce mode de vie semble donc réussir au cheval sauvage et permet sa survie.
Pourquoi ne pas transposer ce mode de vie à notre cheval domestique ?
Souvent des contraintes de terrain apparaissent alors. En effet, rare sont les propriétaires qui peuvent offrir à leurs chevaux 10 hectares de forêt et de prairies pauvres où vivre en troupeau organisé. De même, rare sont les propriétaires de jument qui ont envie de voir leur cheval immontable de temps à autre pour cause de poulain dans les pattes. Les gagnants dans l’histoire seraient les propriétaires d’étalon qui pourraient faire payer chaque saillie et ceux d’ hongres qui ne risquent rien. Nous voilà donc face au problème du cheval domestique. En effet, celui – ci est cantonné sur un petit pré ou pire encore dans un box, véritable prison pour ce buveur de vent. Mais parlons ici d’alimentation, le reste a fait l’objet d’autres chapitres.
Inspirons – nous du modèle sauvage qu’il nous suffit d’adapter afin de permettre à notre cheval de demeurer en bonne santé. Récapitulons donc:
- Le cheval sauvage parcourt énormément de kilomètres pour manger. La meilleure solution domestique serait de mettre en place un paddock paradise ou au moins partiellement (voir le chapitre …).
- Le cheval sauvage mange sur des prairies naturelles pauvres. A l’état domestique, malheureusement, à peu près toutes les prairies ont été ensemencées que ce soit il y a 10, 20 ou 50 ans. Elles sont donc souvent composées d’un mélange de plantes sélectionnées sur plusieurs critères :
- résistance au piétinement ;
- pousse rapide ;
- qualités nutritives optimales.
L’entretien régulier de ces pâtures permet de conserver un rendement constant d’une année à l’autre. Ce qui donne des prairies qui sont pour les chevaux comme des confiseries à volonté pour nous. Certains s’en tireront très bien; pour d’autres, c’est la fourbure au moindre brin d’herbe aperçu. Cela arrive souvent aux chevaux rustiques, habitués à une nourriture pauvre, comme les mérens, les haflingers, les shetlands, …
Pourtant, ces mêmes chevaux mis sur des prairies naturelles n’ont pas les mêmes problèmes. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les mérens à l’estive par exemple, et ce n’est pas parce qu’ils mangent moins que nos chevaux de loisirs, bien du contraire. Alors, faut-il accuser la fatalité ? Ou bien ne serait-il pas plus juste de se demander ce que reçoivent ces chevaux en plus par rapport à leurs congénères à l’estive ?
En effet, un cheval à l’estive se trouve dans les conditions de vie sauvage presque parfaites. Il mange l’herbe de prairie non traitée, a accès à une diversité de plantes/arbres/herbes qu’on ne trouve pas dans nos prés. Quelle serait la solution pour nous qui n’avons pas accès à ce paradis équin ? Tout simplement, essayer d’implanter cette diversité dans notre pré pour en faire une prairie la plus naturelle possible. Plusieurs choses sont alors possibles :
* Aller récolter des plantes “sauvages” et les acclimater à nos prés;
* Acheter des graines de plantes délaissées et les semer;
* Combattre l’invasion des plantes “industrielles” comme le trèfle hybride et permettre l’installation d’un coin plus sauvage fait d’orties, de chardons, de ronces, …
* Arrêter les herbicides et autres engrais chimiques. Laissez votre prairie vivre et fauchez les refus.
* Combattez les vers grâce à des traitements en biodynamie et des plantes spécifiques (armoise, absinthe, fougère mâle, …)
* Utilisez les EMA.
Tout ça bien sûr est profitable pour des chevaux obèses, qu’en est – il pour les autres ? Ceux qui ont besoin de tellement d’énergie qu’ils ont parfois jusqu’à 10 litres de granulés en un seul repas, ces chevaux de compétition qui restent maigres malgré ces 10 litres et dont on pense souvent à augmenter la ration en accord avec le vétérinaire. Ce même vétérinaire qui normalement a dû apprendre à l’école que le cheval ne pouvait pas digérer plus de 2 kilos d’amidon, le reste surchargeant les organes régulateurs (foie, reins, …), celui – là même qui sait que la mélasse et les dérivés du sucre sont mauvais pour le cheval. Quelle contradiction n’est-ce pas ? Et bien, ces chevaux aussi tireront profit d’une prairie naturelle allant même jusqu’à regrossir si l’on arrête tous les granulés ce qui est vivement conseillé. Les granulés sont vraiment une plaie pour le cheval qui soit les digèrera mal, soit devra trouver un moyen d’évacuer ces toxines. S’en suit alors abcès, fourbure, ulcères, fragilisation de la flore intestinale, … Et pas forcément dans cet ordre là, ni un à la fois. Certains signes ne se verront pas tout de suite mais ils sont bien présents et quand ça empire, c’est souvent difficile de faire demi tour.
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Ca fait plaisir de lire ce genre de chose! Ca fait des années que je suis persuadée que les aliments industriels (et en particulier les floconnés riches en mélasse) sont mauvais pour la santé de nos chevaux. Je commençais à me demander si je n’avais pas tort finalement!!!!
Merci!
Et oui. Et il faut en parler parce que malheureusement ça reste un sujet que peu de gens connaissent.